INFÉODER, verbe trans.

INFÉODERverbe transitif
A. − Droit FÉODAL.
1. Qqn1inféode qqc.1à quelqu'un2.Aliéner une propriété, une charge, un droit et la ou le concéder à quelqu'un à titre de fief en échange de certains services.
a) [Le sujet désigne un suzerain, le complément prép. désigne un vassal]
Inféoder une terre (à quelqu'un). Les ducs de Bretagne (...) inféodèrent ces domaines à des chevaliers bretons (Chateaubr., Mém., t. 1, 1848, page 519):
1. ... système féodal, entièrement fondé sur les prétendus droits du propriétaire d'une immense étendue de terrain qui en inféode et sous-inféode les diverses parties, ce qui établit une hiérarchie depuis le dernier tenancier et même le serf de glèbe, jusqu'à ce premier et suzerain seigneur... Destutt de Tr., Comment. sur Espr. des lois,1807, page 283.
Remarque DG et Rob. enregistrent la construction quelqu'un1inféode quelqu'un2d'une terre au sens de « concéder une terre en fief à quelqu'un ».
Part. passé adjectif Domaine inféodé (Académie française).
Inféoder une charge (à quelqu'un). [À la forme passive] Le mot de Marana était, pour elle, ce que la dignité de Stuart fut pour la célèbre race royale écossaise, un nom d'honneur substitué au nom patronymique, par l'hérédité constante de la même charge inféodée à la famille (Balzac, Marana,1833, page 72).
b) [Le sujet désigne le clergé, le roi ou un noble; le complément prép. désigne un seigneur laïque] Inféoder une dîme (à quelqu'un). Aliéner une dîme et en abandonner la perception à un laïque. Le clergé prélevait la dîme, parfois inféodée d'ailleurs à un laïque (Lefebvre, Révol. fr.,1963, page 59).
Part. passé adjectif Dîmes inféodées. (Dict. xixeet xxes.).
2. Qqn1inféode quelqu'un2.[À l'époque mérovingienne; le sujet désigne le roi ou un noble, le complément d'objet désigne un leude] Assujettir un leude, s'attacher sa personne, sa fidélité et ses services en garantissant en échange sa protection.
À la forme passive :
2. Quelque libres que fussent originairement ces derniers Leudes, toute noble que fût leur extraction, ils recevaient la protection d'un autre, lui juraient fidélité, devenaient ses hommes par le fait même, et cessaient de s'appartenir : service regardé comme un honneur, ambitionné par une partie de la jeunesse indépendante, ainsi inféodée à un chef illustre, et qui se vouait à le seconder dans ses guerres particulières. F. d'Ecksteinds Le Catholique, no22, oct. 1827, page 194.
B. − Au figuré, Inféoder à.Mettre dans un état de dépendance, d'assujettissement vis-à-vis de; abandonner, aliéner au profit de.
1. Inféoder qqc.1
a) à quelqu'un2
Qqn1inféode qqc.1à quelqu'un2.Cette société ne doit constituer aucune aristocratie de droit, (...) car ce serait inféoder à quelques-uns cette loi qui est la propriété de tous (Lamart., Correspondant,1836, page 232):
3. Tandis que le propriétaire (...) vit en sécurité (..), l'ouvrier n'a d'espoir qu'en la bienveillance de ce même propriétaire, auquel il a vendu et inféodé sa liberté. Proudhon, Propriété,1840, page 218.
Par extension, rare. Considérer comme propre à, attribuer à. Cette notion de fatalité je l'ai tellement inféodée à Byron, et je l'ai si bien creusée à son sujet, qu'il me répugne de la reprendre ici (Du Bos, Journal,1927, page 304).Faire devenir propre à; faire assimiler, inculquer à. Raoul (...) avait (...) été élevé selon les idées de sa race, que lui avaient inféodées de bonne heure les entretiens de sa mère et du marquis de La Seiglière (Sandeau, Mllede La Seiglière,1848, page 33).
Emploi pronominal
à valeur passive. Qqc.1s'inféode à quelqu'un2.D'après ce que dit Vincent, il serait question que l'Espoir s'inféode au S.R.L.? (Beauvoir, Mandarins,1954, page 143).
réfléchi indir. Qqn1s'inféode qqc.1De là ces mouvements qui (...) portent l'autorité civile à vouloir s'inféoder les religions, et l'autorité spirituelle à prétendre diriger à son profit et capter les forces politiques (Philos., Relig., 1957, page 48-2).
b) à qqc.2
Qqc.3inféode qqc.1à qqc.2L'attitude libérale qui, érigeant en absolu la séparation du spirituel et du temporel, risquait finalement d'inféoder le premier au second (Philos., Relig., 1957p. 46-14).
À la forme passive. La mécanique ondulatoire (...) est moins inféodée à la notion de mesure que la gravifique d'Einstein (Gds cour. pensée math.,1948, page 470).
Emploi pronominal
à valeur passive. Qqc.1s'inféode à qqc.2Au lieu de simplement tirer parti des sciences en cours et de leurs méthodes, elle [l'esthétique] s'y inféodait (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, page 421).
réfléchi indir. Qqc.3s'inféode qqc.1Les conditions économiques (...) importent foncièrement à la destinée des activités spirituelles (...) et (...) tendent constamment à se les inféoder (Maritain, Human. intégr.,1936, page 58).
2. Inféoder quelqu'un3
a) à quelqu'un2
Qqn1inféode quelqu'un3à quelqu'un2Maurras inféode l'Église à un parti (Mauriac, Écrits intimes, Journal d'un homme de trente ans, 1948, page 139).
Emploi pronominal réfléchi Qqn1s'inféode (à quelqu'un2).S'inféoder à un parti. Il revint sous d'autres prétextes, tâchant chaque fois de se rendre aimable, serviable, s'inféodant (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, page 101).Pratiquer la religion, s'inféoder à un Dieu et à ses bonzes (Rolland, J.-Chr., Maison, 1909, page 1044).
À la forme passive. Le Sénat était soumis et inféodé au chef de l'État (Vedel, Dr. Constit.,1949, page 125).
Part. passé adjectif Hommes anonymes, inféodés à une grande ou petite célébrité (Goncourt, Ch. Demailly,1860, page 113).Le grand-duché paraît si inféodé à Berlin qu'il est à peu près certain que les Allemands n'hésiteront pas à la violer [sa neutralité] (Joffre, Mém., t. 1, 1931, page 109).
b) à qqc.2
Emploi pronominal réfléchi Qqn1s'inféode à qqc.2Je ne m'inféode à aucune époque, à aucun système; je désire être l'homme de toutes les dates heureuses, de tous les systèmes utiles (Lamart., Correspondant,1834, page 54).Gide (...) entend manifester (...) tout ce qui est en lui et ne s'inféoder qu'à une chose, et à celle-là nettement s'inféoder : à savoir, au fait de représenter (Du Bos, Journal,1925, page 365).
À la forme passive. Être inféodé à une doctrine. Je ne parle pas ici de l'Église, qui n'a jamais été liée, ni inféodée à aucun régime temporel quel qu'il soit (Maritain, Human. intégr.,1936, page 261).
Part. passé adjectif Chez les critiques littéraires, (...) les plus arriérés, les plus inféodés au classicisme étroit, sont moins fermés, plus ouverts aux choses nouvelles de la littérature (Goncourt, Journal,1885, page 431).
Prononciation et Orthographe : [ε ̃feɔde], (il) inféode [ε ̃feɔd]. Att. dans Académie française dep. 1694. Étymologie et Histoire 1. 1411 infeode « dû (en fonction de relations féodales) » (Cout. d'Anjou, I, 446, Beautemps - Beaupré dans Gdf. Compl.); 1680 inféoder « donner quelque chose en fief » (Rich.); 2. 1827 fig. s'inféoder (Eckstein, Le Catholique, no24, déc., 552-3 dans Quem. DDL t. 15). Emprunté au lat. médiév.infeodatus, part. passé de infeodare « concéder en fief » (1109-20 dans Nierm.), se rattachant à la forme lat. feodum de fief*. Inféoder a supplanté le plus anc. infeuder « investir d'un fief » (24 janv. 1393 dans Pièces relatives au règne de Charles VI, Éditions L. Douët-D'Arcq, t. 1, page 116) [lat. infeudare 1097 dans Nierm.], se rattachant à la forme lat. feudum de fief*. Fréquence absolue littéraire : 51. Bibliographie. Dub. Pol. 1962, page 323. - Quem. DDL t. 6.

D'autres mots du dictionnaire :

malléabilité | numéral, -ale, -aux

quelques définitions tirées au hasard dans le dictionnaire : 

·le trésor de la langue française·