CALOTTE, substantif féminin

CALOTTEsubstantif féminin
A.− Petit bonnet rond ne couvrant généralement que le sommet de la tête. Calotte de cuir, de soie, de taffetas; porter une calotte :
1. Sainte-Beuve arrive avec sa tournure de petit mercier de province qui fait ses farces, tirant de sa poche une petite calotte de soie noire, une calotte à la fois d'académie et de sacristie, qu'il met sur sa tête contre les courants d'air. E. et J. de Goncourt, Journal,1862, page 1159.
Par métaphore Une calotte d'ennui pèse, en dépit de Pascal et du bon Gazier, sur tout ce qui touche au jansénisme (L. Daudet, Ét. et milieux littéraire,1927, page 29).
1. Spéc. Coiffure ecclésiastique. Calotte blanche, rouge, violette; calotte de cardinal, de chanoine, d'évêque :
2. L'homme (...) est un vieillard presque octogénaire. C'est un dignitaire dans l'Église, car il a une espèce de calotte claire sur la tête (serait-ce la calotte blanche d'un pape?) Barbey d'Aurevilly, 3e  Memorandum,1856, page 40.
Par métonymie, péjoratif [Uniquement au singulier coll., précédé de l'art. déf.] Le clergé, les prêtres; les partisans du clergé ou de l'Église :
3. Cette servante était une amie de Mme  Sidonie, qui donnait un peu dans la calotte; elle aimait les prêtres, de l'amour dont elle aimait les femmes, par instinct, établissant peut-être certaines parentés nerveuses entre les soutanes et les jupes de soie. Zola, La Curée,1872, page 379.
Calotte grecque. Calotte à gland portée par les Grecs modernes :
4. Les Turcs, si pittoresques autrefois avec leurs longues robes aux vives couleurs, ne sont-ils pas hideux maintenant avec leurs redingotes bleues boutonnées et leurs calottes grecques qui leur donnent l'air de bouteilles de vin à cachet rouge? A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, page 520.
Par analogie Bonnet d'intérieur à gland :
5. Les regards du jeune homme tombèrent d'abord sur le lit, où se trouvaient deux oreillers. Sur l'un d'eux se détachait un petit bonnet de femme, (...). Sur l'autre, une sorte de calotte, de forme dite grecque, qu'Olivier avait vue plusieurs fois sur la tête d'Urbain. Murger, Scènes de la vie de jeunesse,1851, page 190.
2. Par extension Partie centrale de la forme d'un chapeau, qui emboîte la tête. J'ajouterai à nos deux chapeaux de l'automne, (...) un très-joli modèle à calotte ronde et à bord immense (Mallarmé, La Dernière mode,1874, page 728).
3. Par analogie, familier
a) Rare. Crâne. Calotte de plomb. Mal de tête, migraine. Été chez le Docteur Delbet, pour le consulter sur mes accidents actuels et récents : calotte de plomb, troubles de la vue (Léautaud, Journal littéraire,1, 1893-1906, page 330).
Par métonymie, usuel. Tape sur la tête ou plus rarement, sur la joue, avec le plat de la main. Une paire de calottes; donner, flanquer, recevoir des calottes. Le porcher eut quand même sa gifle, une calotte qui l'envoya rouler dans la voiture (Zola, La Terre,1887, page 291).
Par métaphore :
6. Ton pauvre géant a reçu une rude calotte dont il ne se remettra pas. Je me dis : « À quoi bon écrire maintenant, puisqu'il n'est plus là! ». C'est fini les bonnes gueulades, les enthousiasmes en commun, les œuvres futures rêvées ensemble. Flaubert, Correspondance,1869, page 39.
b) Calotte céleste, calotte du ciel. Partie supérieure de la voûte céleste, firmament. Le soleil invisible (...) semble suspendu (...) derrière la calotte diffuse du ciel (Abellio, Heureux les pacifiques,1946, page 309).
B.− Emplois spéc. Partie supérieure de forme sphérique.
1. Anatomie Calotte crânienne, calotte du crâne. Partie supérieure de la boîte crânienne (confer Histoire généralement des sc., t. 3, vol. 1, 1961, page 560).
2. ARCHIT. Partie supérieure d'une voûte sphérique peu cintrée. Calotte hémisphérique (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 71863-69, page 175)Calotte sphérique.
3. Géologie Calotte glaciaire, polaire. «Glacier très étendu et très épais, dont la surface est légèrement convexe et recouvre ou déborde la plupart des reliefs» (George 1970).
4. GÉOM. Calotte sphérique. Partie d'une sphère coupée par un plan (confer J. Hadamard, Géom. dans l'espace, 1921, page 155).
5. Technologie Élément convexe d'un objet (p. exemple horlog. partie bombée d'un boîtier de montre, opposée au côté du cadran).
Remarque
On rencontre dans la documentation le néologisme argotique et péjoratif calot(t)ard, substantif et adjectif Ecclésiastique (confer Gill, La Petite lune, 1878-79, page 49); p. ext. dévot, partisan du clergé. Synonyme calot(t)in*.
Prononciation et Orthographe :
[kalɔt]. Ds Académie française 1694-1932. Fér. Crit. t. 1 1787 propose la graph. calote. Étymologie et Histoire 1. 1394 « petit bonnet de forme arrondie couvrant le sommet de la tête » (ds Delb. Rec., cité par DG); d'où a) [cette coiffure étant portée par les ecclésiastiques] 1750 désigne un membre du clergé (Raynal, Anecdotes littéraires dans Fr. mod., t. 20, 1952, pp. 223-224); b) 1725 ([Margon, Desfontaines, Gacon...] Mémoires pour servir à l'histoire de la calotte [pièces satiriques] dans Dictionnaire des Lettres du XVIIIe  s. [Le Régiment de la calotte était un ordre imaginaire et burlesque qui distribuait des calottes à tous les personnages qui prêtaient le flanc à la critique]); 1752 Régiment de la calotte (Trév.); av. 1778 « pamphlet » (Volt., Lettr. vers, 87 dans Littré); c) 1808 argotique « coup donné à la tête » donner une calotte (D'Hautel, Dict. du bas langues); 2. divers emplois techn. 1640 calotte du ciel (Oudin, Curiositez françoises [...] supplément aux dictionnaires); 1690 archit. « partie supérieure d'une voûte hémisphérique » (Procès-verbal d'apposition des scellés chez le peintre Charles Le Brun, cité par Havard t. 1); 1832 anat. calotte de la tête (Raymond). Emprunté à l'a. prov. calota, attesté au xiiie  s. par le lat. médiév., de même forme (1253, Marseille, cité par Bambeck Boden, page 179) et au xve  s. dans Levy (E.) Prov. Le prov. est d'orig. obsc. 1o  soit, le prov. ne possédant pas le mot-souche correspondant, dérivé avec suffixe -ota (-otte*), de l'a. fr. cale3  * « coiffure », véhiculé par le franco-prov. où le mot est largement attesté (FEW t. 17, page 79a) 2o  soit a) formé à partir du b. lat. calautica « sorte de coiffure pour les femmes » (ive  s. Scholia Ciceronis, page 336 dans TLL s.v., 126, 81), lui-même d'orig. obsc. (Ern.-Meillet), avec assimilation de la finale au suffixe lat. -otta (Bambeck Boden, locution cit.; voir aussi DEI et EWFS2  ) b) empr. à l'ar. kalláu̮ta « coiffure » (xiiie  s. d'après Cor., s.v. galota; voir aussi Dozy t. 2, page 482a et Dozy (A.) Vêt., page 387). Dans ce second groupe d'hyp., cale3  * « coiffure » est ou bien dérivé régr. de calotte, ou bien un mot différent à rattacher à écale*. Fréquence absolue littéraire : 328. Fréquence relative littéraire : xixe  s. : a) 303, b) 770; xxe  s. : a) 713, b) 293.
DÉRIVÉS
Calotterverbe transitifa) Coiffer quelqu'un d'une calotte. Attesté dans Bescherelles 1845.Remarque On rencontre dans la documentation le part. passé adjectif calotté, ée. Coiffé d'une calotte. Calotté de noir velours, tout de flanelle blanche habillé, (...) il [Sainte-Beuve] avait l'air d'un pape hétéroclite (Verlaine, Confessions, 1895, page 137).b) Donner une calotte, des calottes, frapper sur la tête ou le visage avec le plat de la main. Ma mère apparaît souvent pour me prendre par les oreilles et me calotter (J. Vallès, Jacques Vingtras,L'Enfant, 1879, page 10).Remarque La documentation atteste l'adjectif calottable. Qui mérite d'être calotté, frappé. Son calottable visage (Bloy, Le Désespéré, 1886, page 268).Au figuré, ébranler, frapper l'esprit. As-tu lu la Légende des Siècles du père Hugo? J'ai trouvé cela tout bonnement énorme. Ce bouquin m'a fortement calotté! Quel immense bonhomme! On n'a jamais fait de vers comme ceux des « lions »! (Flaubert, Correspondance,1859, page 335).c) Argot et populaire Dérivéivéober, chaparder. Je calottais un peu de saucisse (Céline, Mort à crédit,1936, page 296);emploi pronominal Ils se calotaient leur blé et leur caserne, avec l'air de jouer, de s'amuser à se les voler (Aymé, La Jument verte,1933, page 201). [kalɔte]. Les dictionnaires généralement écrivent calotter avec 2 t; pour la graph. avec 1 t, confer Aymé, locution cit. 1res  apparition attestée 1808 « donner des coups sur la tête » (D'Hautel, Dict. du bas langues); 1845 « coiffer quelqu'un d'une calotte » (Bescherelles); de calotte, dés. -er. Fréquence absolue littéraire : 39.
Bibliographie −
Duch. 1967, § 42.7. − Goug. Lang. populaire 1929, page 3. − Lammens 1890, pp. 71-72. − Rommel (A.). Die Entstehung des klassischen französischen Gartens im Spiegel der Sprache. Berlin, 1954, page 167. − Sain. Lang. par. 1920, page 442. − Sain. Sources t. 1 1972 [1925], page 6, 144, 146, 199; t. 2 1972 [1925], page 103, 239, 240; t. 3 1972 [1930], page 108, 115.
Calotterverbe transitifa) Coiffer quelqu'un d'une calotte. Attesté dans Bescherelles 1845.Remarque On rencontre dans la documentation le part. passé adjectif calotté, ée. Coiffé d'une calotte. Calotté de noir velours, tout de flanelle blanche habillé, (...) il [Sainte-Beuve] avait l'air d'un pape hétéroclite (Verlaine, Confessions, 1895, page 137).b) Donner une calotte, des calottes, frapper sur la tête ou le visage avec le plat de la main. Ma mère apparaît souvent pour me prendre par les oreilles et me calotter (J. Vallès, Jacques Vingtras,L'Enfant, 1879, page 10).Remarque La documentation atteste l'adjectif calottable. Qui mérite d'être calotté, frappé. Son calottable visage (Bloy, Le Désespéré, 1886, page 268).Au figuré, ébranler, frapper l'esprit. As-tu lu la Légende des Siècles du père Hugo? J'ai trouvé cela tout bonnement énorme. Ce bouquin m'a fortement calotté! Quel immense bonhomme! On n'a jamais fait de vers comme ceux des « lions »! (Flaubert, Correspondance,1859, page 335).c) Argot et populaire Dérivéivéober, chaparder. Je calottais un peu de saucisse (Céline, Mort à crédit,1936, page 296);emploi pronominal Ils se calotaient leur blé et leur caserne, avec l'air de jouer, de s'amuser à se les voler (Aymé, La Jument verte,1933, page 201). [kalɔte]. Les dictionnaires généralement écrivent calotter avec 2 t; pour la graph. avec 1 t, confer Aymé, locution cit. 1res  apparition attestée 1808 « donner des coups sur la tête » (D'Hautel, Dict. du bas langues); 1845 « coiffer quelqu'un d'une calotte » (Bescherelles); de calotte, dés. -er. Fréquence absolue littéraire : 39.

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